Gao, à la porte du désert: c’est la sécheresse, c’est le sable partout, on le respire, les paupières grincent sur les yeux. C’est vrai! Mais cette fois-ci, j’ai abordé Gao par la grand-route en bus, par le pont et, merveille des merveilles, je vois du vert partout, de ce vert tendre que les peintres appellent “vert anglais”. Tout est vert au bord de l’eau, sur l’eau : c’est le riz, qui envahit le fleuve et ses rives, le riz que l’on cultive ici de manière singulière. On le sème avant la montée des eaux du fleuve Niger, on le récolte en barque! Alhousseïny l’appelle riz de submersion.

Il y a aussi les “bourgoutières” entre les rizières, disons plutôt que celles-ci prennent petit à petit la place de celles-là, et pourtant le bourgou, appelé roseau sucré ou roseau à miel du Niger, est une herbe fourragère pour le bétail, ses tiges servent à recouvrir les toits des maisons, à faire des nattes, on en tire une boisson sucrée et du “miel”, les cendres de ses feuilles sont utilisées à la fabrication du savon et en temps que mordant pour la teinture à l’indigo, ses graines sont collectées comme céréales, notamment en période de disette…
La pirogue glisse sans bruit sur les minces chenaux réservés au milieu des cultures. L’eau est profonde, les tiges peuvent atteindre deux mètres de haut. Les grains de riz blondissent, la récolte est proche.
Le piroguier quitte les cultures et s’engage dans le lit du fleuve, à la pagaie. A droite, à gauche, de l’eau à perte de vue, en face la Dune rose et le village de Koïma. Du haut de la dune, deux mondes aussi dissemblables qu’il est possible de l’être, selon que l’on regarde à l’est ou à l’ouest, d’un côté l’eau, le vert des cultures , de l’autre la brousse parsemée d’épineux, le désert…Dans quelques mois une grande partie de cet univers liquide aura disparu…mais je ne peux rien en dire, car je ne l’ai pas encore vu!

A Gao, il y a aussi de superbes jardins au bord du fleuve Niger, dont certains sont en danger de disparition, car la “ville” veut reprendre les terrains…En ce moment c’est la période des semis, des plants, des salades, du gombo, mais en décembre, les jardins regorgeront de légumes de toutes sortes.

J’ai rencontré des femmes dans un de ces jardins. Elles se sont associées pour réagir contre une situation nouvelle pour la plupart d’entre elles: la sédentarisation dans une ville.
L’association CHET AGUENA “Gardienne de la culture” est composée d’amis de la nature, de passionnés d’artisanat et défenseurs de la culture touarègue. Ses membres ont choisi le maraîchage comme activité principale, car de la terre dépend la vie.
Parmi les autres activités : l’artisanat, des campagnes de sensibilisation à la scolarisation des filles en milieu nomade, l’accueil chez l’habitant dans le cadre d’un tourisme solidaire.
(On peut joindre la Présidente Fadimata au 00 223 21 82 03 32 ou
cel: 00 223 79 33 05 31)
A 24km au Nord de Gao, par la piste qui va vers le “grand nord”, il y a le village d’Immaslagh, et sa pompe à eau solaire, financée par l’association savoyarde Aman-Iman. C’est une visite de courtoisie au chef, à l’instituteur, et aussi d’information sur la suite des projets avec l’association (chateau d’eau, scolarité, magasin pour les femmes…)
L’eau coule, les troupeaux se succèdent à longueur de journée, l’abreuvoir n’arrive pas à se remplir, mais tout le monde attend son tour, la patience n’est-elle pas née en Afrique…

Accueil sous la tente, discussion, thé, repas, discussion, visite de la nouvelle classe avec le nouvel enseignant et un groupe d’élèves

Il faut faire des photos, et biensûr, chacun veut la sienne! Mais la séance de portraits est vite écourtée, car des femmes ont commencé à piler un sac de mil pour les repas des écoliers. Elles sont six qui pilent dans trois mortiers, alternant leur cadence. Régulièrement les pilons semblent suspendus dans les airs, et les femmes changent de main. Elles rythment les mouvements du corps avec des sifflements entre les dents, et une sorte de chant venu du plus profond d’elles-mêmes : c’est magnifique! Mais c’est un effort violent qu’elles interrompent fréquemment pour reprendre leur souffle.
Assises par terre d’autres femmes vannent le grain pilé.
Le mil a été donné à l’école par le PAM (programme alimentaire mondial), il est pilé bénévolement par quelques femmes, mais beaucoup ne participent pas à cet effort pour leurs enfants. De nombreux hommes n’ont pas aidé pour la construction de la deuxième classe et du grenier, mais le chef a vendu sa vache pour payer le bois des toits, les portes et fenêtres…
Après une nuit la tête dans les étoiles, retour à Gao en passant par le campement, perdu au milieu de nulle part, d’un conseiller du chef du village. Nous prenons le temps de boire le thé, de discuter, d’offrir quelques aiguilles, ciseaux…

et nous repartons accompagnés de notre hôte, qui a chargé sur sa moto le mouton qu’il voulait tuer pour notre repas. Comme nous devons rentrer tôt, il apporte le repas vivant chez Alhouss! Ce soir ce sera couscous et mouton pour toute la famille… L’hospitalité n’a pas de limite!
à suivre, au prochain voyage…
CP (également webmaster)